06.05.2012

Fleur Jack : « J'ai fait table rase du passé »

auckland,nouvelle-zélande,fleur jackAnimatrice vedette de la station Kiwi FM à Auckland depuis six ans, Fleur Jack s'apprête à tourner la page. Cette auteure-compositrice-interprète néo-zélandaise, qui vient de publier son tout premier album en solo, « Ghosts of Cimarron », et qui fut aussi pendant neuf ans l'une des voix du fameux groupe de rock The Twitch, veut désormais se consacrer à la chanson depuis les Etats-Unis où elle va s'installer en juin.
 

Fleur, ton premier album, « Ghosts of Cimarron » vient tout juste de sortir. Peux-tu nous rappeler dans quelles circonstances ce projet a vu le jour ?

Je joue depuis déjà un bon bout de temps, et j'étais particulièrement investie dans mon groupe de rock The Twitch au cours des neuf dernières années. Cependant, j'avais commencé à écrire des choses de mon côté, qui ne correspondaient pas au style de la formation. Je me suis dit qu'il était peut-être temps de commencer une nouvelle aventure musicale...

Le titre “Rock’n’roll Mirror” par la formation The Twitch, avec Fleur Jack :

Il y a quelques mois, alors que tu évoquais ce projet d'album, tu m'avais dit que tu espérais réunir assez de fonds par le biais du site Sellaband, qui permet aux artistes de recevoir l'aide de mécènes pour financer leurs projets d'enregistrement. Tu y es donc parvenue ?


Oui, tout à fait ! J'ai pu réunir les fonds nécessaires par ce biais. Des investisseurs du monde entier se sont investis dans ce projet pour me permettre de le mener à son terme. J'ai prélevé des fonds pendant environ une année avant de pouvoir entrer en studio. De la manière dont ça fonctionne, les personnes qui ont investi ont reçu chacune une copie du disque, ce qui fait que j'en ai déjà vendu un certain nombre avant même la sortie officielle de l'album.

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Quels ont été les retours jusqu'ici ?

Plutôt bons, en fait. Les critiques ont été vraiment positives, ce qui fait toujours plaisir.

Il est vrai que ce disque est plein de surprises. Les chansons ont-elles été accumulées sur une longue période ou ont-elles été écrites en vue de cet album ?

Elles ont été écrites, pour l'essentiel, au cours de la période qui a précédé l'enregistrement, mais je suis d'accord avec toi : il n'y a pas une direction musicale unique. On y entend des chansons country, folk et même rock. Un univers qui me correspond musicalement. Et si c'est vrai que ça tire un peu dans toutes les directions, je veux croire qu'on y trouve quand même une certaine cohésion. C'est mon premier album, et il n'est pas dit que j'ai encore totalement trouvé ma voie...

Le clip de “Wild Ride”, troisième single extrait du premier album de Fleur Jack :

Où as-tu enregistré ton album et qui l'a réalisé ?


Il a été enregistré à Auckland, aux Lab Studios. Nous l'avons réalisé nous-mêmes. Nous avons enregistré les pistes musicales, avec mon groupe, les Jandals, dans les conditions du « live » pendant trois jours. Puis nous avons réalisé les pistes vocales avec l'aide de mon beau-père, Andy Tait. Oliver Harmer en a réalisé le mixage et le mastering a été effectué par Bernie Grundman à Hollywood, dans le studio où a été masterisé l'album « Thriller » de Michael Jackson.

Peux-tu nous dire quelques mots au sujet de ton groupe, The Jandals ?

auckland,nouvelle-zélande,fleur jackJ'ai rencontré Joel, le guitariste, à l'école de musique en 2003. Nous étions déjà amis depuis un moment. Le bassiste, Sims, était mon compagnon depuis environ huit ans mais il ne souhaitait pas vraiment faire partie du groupe car il travaillait sur d'autres projets. Il a donc fallu que je lui mette un peu la pression... C'est un musicien vraiment extraordinaire et je m'estime chanceuse d'avoir pu le convaincre à travailler avec nous. Scotty, le batteur, est le frère d'un ami et il s'est vite intégré à l'équipe; il est aussi très bon musicien. Peu après l'enregistrement de l'album, Sims et moi avons rompu et Scotty a quitté le groupe. Si bien que pour la soirée de lancement de l'album, Joel et moi avons dû faire appel à une autre section rythmique. Mais comme je m'apprête à déménager à Seattle, j'ai l'intention de poursuivre en solo pour un temps.

Tu viens de conclure une tournée en duo avec Katie Thompson, autre figure connue de la scène néo-zélandaise. Je crois qu'elle a obtenu pas mal de succès ?

Oui, ça s'est super bien passé. Nous n'étions que deux, Katie et moi. Nous effectuions un set chacune et nous nous retrouvions en duo pour un troisième set. Jusqu'ici, j'avais surtout tourné avec des mecs; c'était chouette de me retrouver avec une nana sur la route.

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Katie Thompson (à gauche) et Fleur Jack lors de leur récente tournée néo-zélandaise.


Ça n'était effectivement pas ta première tournée. Tu t'es notamment représentée plusieurs fois à l'étranger...

C'est vrai. Je serais incapable de dire le nombre de tournées que j'ai effectuées : j'ai joué un peu partout en Nouvelle-Zélande, mais aussi en Australie, à Hong-Kong, au Canada et aux Etats-Unis.

La video de “Olivia”, second extrait de l’album :

Comment as-tu appris à jouer de la guitare ?


En ce qui concerne la guitare, je suis autodidacte. Avant ça, j'avais fait du piano, de la trompette, et même de la basse. Disons que je peux jouer d'un certain nombre d'instruments sans être pour autant une experte.

Quand as-tu commencé à chanter ?

Je suis à peu près sûre d'être venue au monde en chantant. J'ai longtemps fait partie de chorales mais j'ai le sentiment de n'avoir pas avoir trouvé ma voix jusqu'au jour où j'ai quitté l'école. Toutefois, pour être honnête, je me considère encore assez moyenne en chant. C'est pourquoi j'envisage de prendre des leçons...

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De quelle manière t'y prends-tu pour composer ? Est-ce que ce sont les paroles qui te viennent en premier ?

Je ne sais pas au juste comment ça arrive. Tout ce que je sais, c'est que quelque chose se passe. Chaque chanson est différente. Je n'ai pas de méthode particulière et je ne planifie rien. Les morceaux jaillissent un peu par miracle.

Quelle était ta principale source d'inspiration pour la chanson « Ghosts of Cimarron » ?

Cimarron est une ville du Nouveau Mexique où était situé l'hôtel Saint-James. Dans cette chanson, qui a donné son nom à l'album, je me suis attachée à restituer l'essentiel de l'histoire de cet hôtel, en m'inspirant de faits authentiques. Ce qui ne m'a pas empêché d'y associer une histoire de mon jus.

La vidéo de “Ghosts of Cimarron”, chanson qui a donné le titre à l’album :

Parallèlement à tes activités d'auteure-compositrice-interprète, tu es l'une des animatrices-vedette de la station de radio Kiwi FM, à Auckland... J'imagine que ces deux activités sont assez complémentaires...


En fait, pas du tout. Je dirais même que mon travail à la radio a sans doute ralenti ma carrière musicale. A chaque fois que j'ai connu un peu de succès avec ma musique, les gens s'imaginaient tout de suite que c'était grâce à mon activité à la radio. Pour être honnête, cela ne m'a jamais vraiment aidée ! D'ailleurs, je n'ai jamais joué mes propres chansons dans mes émissions. Ça fait six ans que je travaillais pour Kiwi FM. Je viens de démissionner dans le but de me consacrer totalement à la chanson. Une carrière que j'entends à présent mener à l'autre bout du monde.

Quels sont, précisément, tes projets pour les prochains mois ?

auckland,nouvelle-zélande,fleur jackPour commencer, je m'installe aux États-Unis le mois prochain. J'ai fait table rase du passé, bien décidée à entamer une nouvelle vie. Le monde entier est à ma portée et je suis très enthousiaste, même si je n'ai pas de plan à proprement parler.

Si tu avais un souhait à formuler, quel serait-il ?

J'aimerais que mon amoureux ne soit pas aujourd'hui à 7.000 milles de moi. Je voudrais me réveiller le 7 juin, date prévue de nos retrouvailles.


Propos recueillis et traduits de l'anglais le 3 mai 2012. Photos DR.

LIENS SYMPAS

auckland,nouvelle-zélande,fleur jackPour commander l'album "Ghosts of Cimarron"de Fleur Jack & The Jandals : le site néo-zélandais Amplifier (accès direct).

Le site officiel de Fleur Jack

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10.01.2012

Albums de légende. "How Bizarre" par OMC

omc.jpgS'il y avait un album de légende à citer et un seul au milieu de l'abondante Histoire du disque néo-zélandais, il serait difficile de zapper celui qui s'est le plus vendu à ce jour, à savoir "How Bizarre", de la formation OMC, Otara Milionaires Club. Curieusement, ce duo n'aura pondu qu'un album et quelques singles entre 1995 et 2007.

Il faut d'abord y voir un clin d'oeil. Un club des millionaires, ça se saurait s'il y en avait à Otara, qui est l'une des banlieues les plus déshéritées d'Auckland. Une cité principalement peuplée de maoris, et qui a vu naître les frères Philip et Pauly Fuemana. La formation OMC a été créée à l'origine par Philip, qui avait fait ses armes au sein des groupes Houseparty et Fuemana. Mais celui-ci abandonna finalement le projet OMC à son frère cadet Pauly. Ce dernier s'est associé au producteur Alan Jansson pour fonder le duo rendu célèbre par le succès international "How Bizarre", extrait de l'album éponyme sorti à la fin de l'année 1995.

OMC-HowBizarre.jpgLe sommet des "tops"
Au prestigieux classement de l'Australasian Performing Right Association, la chanson "How Bizarre" fait partie des plus grandes chansons néo-zélandaises de tous les temps. Et ce ne sont pas que des mots. Entre 1995 et 2000, OMC aurait vendu entre trois et quatre millions d'albums dans le monde entier. Durant des semaines entières, le duo a squatté le sommet de la plupart des hit-parades. "How Bizarre" fut aussi le single de l'année 1996 aux New Zealand Music Awards.



Un album et une poignée de singles, dont le succès écrasant de "How Bizarre", c'est l'essentiel de ce que l'Histoire retiendra d'OMC, d'autant que son principal protagoniste, Pauly Fuemana, est décédé en janvier 2010, à l'âge de 41 ans, des suites d'une pneumonie. Suivant de peu d'ailleurs son frère aîné Philip, décédé lui aussi à l'âge de 41 ans en 2005. De ce dernier, on se souviendra par ailleurs qu'il fut l'un des premiers Polynésiens à faire une incursion dans le domaine du hip-hop et du R&B. La semaine où Pauly Fuemana est décédé, la chanson "How Bizarre" est parvenue de nouveau à se frayer un chemin dans le TOP 40 néo-zélandais.

13.10.2011

Jan Hellriegel et l'optimisme du bel âge

Hellriegel.jpgElle se souvient encore de ses gigs en première partie de Jeff Buckley à Melbourne, Sydney ou Auckland. Il y eut aussi, à peu près à la même époque, les premières parties des Cure, ou de Diesel. C'est bien simple, dans les années 90, tout le monde s'arrachait la belle Jan Hellriegel. Celle qui mène de front une carrière de chanteuse et de comédienne depuis plusieurs décennies, a publié en 2009, "All grown up", qui se veut, d'après elle, un disque "résolument optimiste".


Fille de carrossier de l'ouest d'Auckland (origine qui lui vaudra d'être gentiment étiquetée "Westie" par les médias néo-zélandais), la musicienne quite sa ville natale pour Dunedin et l'université Otago dès le début des années 1980, où elle décrochera une licence en arts et lettres. C'est au côté de son frère Rob que Jan Hellriegel fait ses premières armes dans le domaine de la musique. A l'université, elle rejoint en effet le groupe de son frangin, Working with Walt, dont elle écrit et interprète la chanson "Christina" en 1985. Elle y fait la connaissance de ceux qui deviendront les musiciens de son premier véritable groupe, Cassandra's Ears : le bassiste Flick Rhind, le choriste Zan Wright, la batteuse Vanessa Anich et le guitariste Leanne Ibell. Entre 1988 et 1991, la formation enregistra deux albums plutôt bien accueillis, "Private Wasteland" et "Your estimation".

Choriste des Muttonbirds
En 1991, auréolée d'une certaine notoriété, Jan Hellriegel choisit de rentrer à Auckland pour préparer un premier album solo. Elle a le vent en poupe à l'époque et tout le monde se l'arrache : de nombreuses premières parties d'artistes illustres lui sont proposées en Nouvelle-Zélande et en Australie (Jeff Buckley, The Cure, Diesel, entre autres) et la célèbre formation néo-zélandaise Muttonbirds, dirigée par Don McGlashan, lui propose même de chanter les choeurs de son tube "Nature", en 1992 :




En marge de ces multiples collaborations, Jan continue à s'atteler au projet qui lui tient à coeur : l'enregistrement de son premier disque en solo. Baptisé "It's my sin", celui-ci sort chez Warner Records en 1993, et obtient un succès immédiat. Un second album, "Tremble", publié en 1996, consacre son talent. Le single "Manic (in a state of mind)" atteint le Top 5 des charts néo-zélandais tandis que "Geraldine", autre tube, est numéro un sur MaxTV. C'est au cours de cette même année que Jan Hellriegel reçoit le prix de l'artiste féminine la plus prometteuse aux New Zealand Music Awards. En 1998, elle quitte Warner et sort un single, "Melusine", chez Universal, tout en entamant parallèlement une carrière de comédienne. En 1999, elle apparaît ainsi dans la série télévisée "Shortland street", où elle joue le rôle de Jackie, femme victime de violences conjugales. Les projets s'enchaînent : on la voit aussi en tournée avec le jazzman Mark de Clive-Lowe à l'époque, puis elle représente la fondation du célèbre écrivain néo-zélandais Alan Duff (publié en France chez Actes Sud) pour encourager la lecture. Elle en co-écrit la chanson thème avec Dave Dobbyn et Toi Iti, "Read about it", hymne aujourd'hui toujours interprété chaque année par cent mille écoliers néo-zélandais.


Allgrownup-JanHellriegel.jpgEddie Rayner au piano dans son troisième opus
Après douze années durant lesquelles elle n'avait rien enregistré, surgit soudain, en 2009, l'album "All grown up", sans doute le plus mûr de sa carrière. Pour cet album qu'elle édite à ses propres frais sous l'étiquette maison "Blind date Records", elle s'entoure de musiciens de premier choix, à l'image d'Eddie Rayner (ancien claviériste de Split Enz). Le disque est produit par Wayne Bell aux studios Roundhead (de Neil Finn) à Auckland et mixé par le fameux Neil Baldock. L'Australien Daniel Denholm (connu notamment pour son travail auprès de Midnight Oil) signe aussi les arrangements sur trois morceaux. Un album "plein d'optimisme" qui, dit-elle, "devrait parler à tous ceux qui se sont déjà sentis au moins une fois un peu perdus au cours de leur vie ; je crois qu'on devient optimiste avec l'âge", lance-t-elle.


La chanson "2x2", extraite de l'album "All grown up" :




Jan Hellriegel est devenue, en 2010, la directrice générale du label indépendant Native Tongue, qui compte des bureaux à Auckland, Melbourne et Londres. Son catalogue comporte, entre autres, les oeuvres de Dave Dobbyn, des Datsuns ou de Don McGlashan. L'année 2010 a aussi vu, sur le label de Jan, "Blind Date Records", la publication d'une compilation des chansons de son premier groupe, "Cassandra's Ears".


LIENS SYMPA

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